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24/10/2016

Les statines (traitement anti-cholestérol) et la FSH

Suite à plusieurs questions qui nous ont été posées, je vous propose la traduction d’un article paru dans le journal de la FSH society en 2011.

Les statines (traitement anti-cholestérol) sont accusées de provoquer des douleurs musculaires chez les patients atteints de maladies neuromusculaires (et donc les patients FSH) et même de provoquer des myopathies chez les patients sains.
Cependant, il faut que patient et médecin pèsent le pour et le contre avant de supprimer un traitement qui peut être vital pour protéger d’un problème cardiovasculaire !

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Statines et FSHD

Par le Dr William R. Lewis, professeur de médecine interne et chef du service échocardiographie à l’université de Californie, membre du comité de direction et conseiller scientifique de la FSH society.

Les maladies cardiaques et coronariennes sont la première cause de mortalité aux USA. Une grande attention est donc portée sur la réduction de l’impact des maladies cardiaques aux USA et dans les autres pays industrialisés. Le meilleur moyen d’atteindre cet objectif sont les mesures préventives, comme ne pas fumer, surveiller son poids, manger 5 fruits et légumes par jour, faire de l’exercice. L’exercice aérobique est important car il est prouvé qu’il baisse la tension et augmente le HDL, un type de cholestérol protecteur.

Les patients FSH sont une population spéciale car la perte musculaire limite ou empêche l’exercice. De plus, le muscle est une cible importante pour l’insuline, et la perte de masse musculaire peut engendrer un diabète de type 2, insulino-résistant. L’insulino-résistance est un facteur de risque pour les maladies cardiaques.

Quand l’hygiène de vie n’est pas suffisante pour contrôler les risques de maladies cardiaques, on fait appel aux médicaments. Les plus fréquents et les plus efficaces sont les inhibiteurs de la HMG-CoA réductase, ou statines. Cette classe de médicaments diminue le mauvais cholestérol (LDL) et réduit les risques d’artériosclérose, d’infarctus et de décès. Cet effet est plus important chez les populations à risque comme les personnes présentant plusieurs facteurs de risque ou des complications de diabètes. Bien que les patients FSH n’aient pas été spécifiquement étudiés vis-à-vis des statines, il n’y a pas de raison de penser que les statines soient moins efficaces que dans le reste de la population. Tous les médicaments sont des poisons par essence. Ils empoisonnent un enzyme ou un récepteur et modifient le fonctionnement normal du métabolisme. Et donc, ils peuvent avoir des effets secondaires allant de la simple nuisance à des effets potentiellement mortels. Les effets secondaires préoccupants particulièrement chez les patients FSH sont les myalgies (NDLR : douleurs), les myosites (NDLR : inflammations) et les rhabdomyolises (NDLR : relargage de produits nocifs dans le sang suite à une destruction massive de cellules musculaires). La myalgie est une douleur musculaire sans évidence de dommage musculaire par analyse de sang. La myosite est une douleur musculaire avec augmentation de créatine-kinase dans le sang. La rhabdomyolise est un dommage musculaire sévère et peut être mortelle. Toutes les statines peuvent provoquer ces effets secondaires. La fréquence des myopathies (douleur musculaire et élévation de la créatine-kinase) est de 1 à 2 personnes pour 10.000 personnes traitées. Le mécanisme est inconnu, mais il est fonction de la dose.

Certaines statines, comme la simvastatine, l’atorvastatine et la lovastatine, sont solubles dans les graisses (lipophiles) et peuvent pénétrer dans les muscles plus facilement que les statines solubles dans l’eau (hydrophiles), comme la pravastatine, la rosuvastatine et la fluvastatine. Des essais ont montré que les composées hydrophiles sont moins susceptibles de causer des myopathies ; chez les patients avec des troubles musculaires préexistant, comme les patients FSH, les statines hydrophiles sont probablement plus sûres. Une autre explication pour laquelle les statines hydrophiles sont plus sûres est en rapport avec la façon dont le médicament est évacué par le corps. Les statines lipophiles sont principalement métabolisées par le cytochrome P450 dans le foie. Beaucoup d’autres médicaments sont aussi métabolisés par cet enzyme. Si le patient prend plusieurs médicaments, il peut y avoir compétition pour le métabolisme, ou inhibition de l’enzyme, conduisant à un taux plus élevé de médicament et une augmentation des effets secondaires. Les composés qui inhibent le métabolisme des statines comprennent l’antibiotique erythromycine, les médicaments anti-hypertenseurs verapamil et diltiazem, et même de grandes quantités de jus de pamplemousse. Les composés hydrophiles ont d’autres voies d’élimination et sont moins susceptibles d’avoir des interactions avec d’autres médicaments.

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En résumé, les changements d’hygiène de vie sont les meilleurs moyens de prévention des maladies cardiaques. Lorsque ces changements ne sont pas suffisants, les statines hydrophiles comme la pravastatine peuvent être utilisées pour baisser le cholestérol LDL. En raison du risque de myopathie pour les patients FSH, les statines doivent être utilisées avec modération et à faible dose, et avec un suivi attentif de la part du patient et du médecin pour surveiller les effets secondaires. Il faut garder à l’esprit que les statines sauvent des vies. Si un patient a des problèmes cardiaques importants, le bénéfice est généralement plus important que le risque. Pour un patient présentant simplement un taux élevé de cholestérol et pas de problème cardiaque connu, le risque peut être supérieur au bénéfice.

Commentaires

Un reportage sur les statines et le cholesterol a été diffusé récemment sur Arte. Il a été vu plus de 200 000 fois en streaming et est, à cette date, toujours disponible.

"Cholestérol : le grand bluff

Consommées par 220 millions de patients à travers le monde, les statines sont devenues en quelques années le médicament le plus vendu dans l’histoire de la médecine.

Or, les fabricants eux-mêmes commencent à reconnaître qu’elles peuvent entraîner des effets secondaires graves, tels que des douleurs musculaires, des problèmes hormonaux, des pertes de mémoire, des dépressions et aussi, selon des études récentes, le déclenchement d’un diabète.

Une reconnaissance tardive qui, étrangement, intervient alors que les derniers brevets en la matière tombent dans le domaine public et qu’une nouvelle molécule anticholestérol s’annonce."

On peut lire la suite de l'article (inspiré du reportage d'Arte) ici : http://www.les-crises.fr/cholesterol-le-grand-bluff-le-doc-qui-defie-la-doxa/

On peut visionner le reportage ici :
http://www.arte.tv/guide/fr/051063-000-A/cholesterol-le-grand-bluff?country=FR

Écrit par : Olivier | 29/10/2016

Bonjour Olivier,
J'ai entendu parler de ce documentaire, et j'ai vu le débat qui l'a suivi sur ARTE. Je n'ai pas voulu en parler car ce sujet me semble assez polémique et je ne suis pas assez calée en médecine pour peser les arguments "pour" et "contre" et avoir un avis...
Merci quand même pour le lien :-)
Sylvie

Écrit par : Sylvie | 29/10/2016

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